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Le Hezbollah va-t-il passer à l’offensive ?
Friday 13th of October 2023

Le Spectacle Du Monde Se connecter S’abonner Accueil > Défense > Le Hezbollah va-t-il passer à l’offensive ? Le Hezbollah va-t-il passer à l’offensive ? Par Le Spectacle Du Monde Publié le 13 octobre 2023 à 12h02 Des membres du Hezbollah aux funérailles de l’un des leurs, tué par une frappe israélienne à Kherbet Selem le 10 octobre. (AP Photo/Hussein Malla) L’influent et bien informé journaliste libanais, Salem Zahran nous explique la position du Hezbollah. L’organisation reste, pour l’instant, relativement passive tout en posant les lignes rouges qui pourraient déclencher son intervention aux côtés du Hamas. Par Salem Zahran, à Beyrouth Depuis le déclenchement de la « bataille d’Al-Aqsa », le Hezbollah intéresse les médias, les politiques et les services de renseignement au plus haut point. Le Hezbollah va-t-il entrer en guerre aux côtés du Hamas et enflammer le front nord israélien ? En effet, il y a une intensification des communications indirectes entre les Israéliens et le Hezbollah au sujet de cette possibilité. La question la plus importante dans ces contacts est la possibilité d’une intervention américaine. Les États-Unis ont demandé au Hezbollah de rester en dehors du conflit par le biais d’un certain nombre de canaux, y compris des responsables libanais notamment le plus proche allié du Hezbollah, le président du Parlement Nabih Berri, qui a discuté de cette question avec l’ambassadeur des États-Unis au Liban Dorothy Shea. Des responsables français et arabes, principalement égyptiens et qataris, ont également pris part à ces discussions. Les États-Unis ont demandé au Hezbollah de rester en dehors du conflit Notons que les relations françaises avec le Hezbollah ont connu une évolution majeure ces dernières années, notamment dans le cadre du dossier présidentiel, où les deux partis ont soutenu le même candidat, Suleiman Frangieh, la France est allée au-delà de la simple transmission de messages, exigeant clairement la neutralisation du front israélo-libanais. Le Hezbollah a adopté, face à toutes ces “menaces voilées”, une politique d'”ambiguïté”. Le parti chiite, qui n’a ni répondu, ni révélé ce qu’il prévoit pour les jours à venir et dispose désormais d’une grande marge de manœuvre et d’action. Il reste que le Hezbollah ne s’est pas contenté de discussions diplomatiques informelles. Il est passé à une action « d’affirmation » dans la matinée du 8 octobre, marquant le deuxième jour de l’opération “Déluge d’Al-Aqsa”. Le groupe libanais a mené un assaut ciblé sur trois sites stratégiques dans la région des fermes de Chebaa, actuellement sous occupation israélienne. Ces sites, dont le Radar, Zabdin et Ruwaisat Al-Alam, ont été frappés par un barrage d’obus d’artillerie et de missiles à guidage de précision, ce qui a entraîné des impacts directs. Le groupe libanais a mené un assaut ciblé sur trois sites stratégiques dans la région des fermes de Chebaa L’opération a déclenché une réponse immédiate des forces israéliennes, qui ont lancé des frappes de représailles sur plusieurs villes frontalières, causant la mort de trois membres du Hezbollah. Le lendemain, le Hezbollah a riposté par ce qu’il a qualifié de “réponse préliminaire”. Il a concentré ses attaques sur la caserne Pranit, qui abrite le centre de commandement de la division de Galilée, et sur la caserne Avivim, un centre administratif clé affilié à la brigade occidentale. Ces frappes ont été exécutées à l’aide de missiles guidés et d’obus de mortier, infligeant des coups directs à leurs cibles. Le Jihad islamique et le Hamas ont également participé à des opérations au sol, qui ont fait trois morts dans les rangs du Jihad islamique et quatre blessés côté israélien. Au fur et à mesure que les tensions s’intensifient, les lignes de communication reprennent vie, intensifiant l’atmosphère de confrontation. Le front sud s’est rapproché d’un point d’ignition sans précédent depuis juillet 2006. Le Hezbollah a cherché à mettre fin de manière décisive aux incursions israéliennes croissantes par ce qu’il a appelé une « riposte résolue ». Mercredi, le groupe a frappé le site d’Al-Jardah, situé en face de la zone d’Al-Dhahira, à l’aide de missiles guidés. L’attaque a fait un nombre important de morts et de blessés parmi les forces d’occupation. Le Hezbollah cherche à mettre fin aux incursions israéliennes Des sources très fiables, étroitement associées au Hezbollah, révèlent un changement stratégique important dans l’approche du groupe ; le Hezbollah a entamé un décompte précis avec ses adversaires israéliens. Dans ce système de comptabilité, la première entrée représente la perte de trois membres du Hezbollah, ce qui est considéré comme le compte mineur. La réponse du parti à cet incident tragique est présentée comme une fermeture, signalant un retour aux règles d’engagement établies depuis 2006. Ces règles stipulent une réponse équivalente, soulignant que les balles seront contrées par des balles, les canons par des canons, et la vie par la vie. Cette reprise en main a ostensiblement rétabli un semblant de calme sur le front sud. Toutefois, il est admis que cette paix fragile pourrait être rompue à tout moment, en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain. À l’inverse, le second grand livre, plus substantiel, qui englobe le domaine de la confrontation régionale, est marqué par une position résolue de l’Iran et de ses alliés, dont le Hezbollah est le fer de lance. Ils ont tracé une ligne rouge définitive, signalant explicitement que les États-Unis ne doivent pas s’engager directement dans le conflit aux côtés d’Israël sur le terrain. En outre, cette ligne stipule que le Hamas ne doit pas être démantelé et que la bande de Gaza ne doit pas être anéantie. La ligne rouge du Hezbollah : Les États-Unis ne doivent pas s’engager directement dans le conflit aux côtés d’Israël, le Hamas ne doit pas être démantelé et la bande de Gaza ne doit pas être anéantie. Les consultations avec les dirigeants palestiniens restent ouvertes, le Hamas et le Djihad islamique ayant fait savoir qu’ils étaient prêts à supporter la confrontation en cours en fonction de l’évolution des événements, jugeant toute intervention extérieure inutile à ce stade. Il convient de noter que le Hezbollah constitue un pilier important de l’axe de la résistance, dirigé par l’Iran, et englobant divers éléments allant du plateau du Golan syrien à l’Irak, où se trouvent les forces de mobilisation populaire, et s’étendant jusqu’au Yémen. En signe d’unité et de solidarité, le chef du mouvement houthi s’est dit prêt à participer à toute confrontation majeure, se mobilisant par des marches et des arsenaux de missiles. Par conséquent, le Moyen-Orient est actuellement plongé dans un état de tumulte qu’il n’avait plus connu depuis longtemps. Alors que le front sud d’Israël reste le point central des événements et des opérations militaires, le front nord fait l’objet d’une attention égale. Si le Hezbollah devait être impliqué dans le conflit, cela indiquerait clairement que la grande guerre a commencé. Le Hezbollah, l’avant-garde de l’axe de la résistance, a pour mission de galvaniser l’engagement de tous ses membres affiliés. La question de savoir si cette confrontation à grande échelle aura lieu reste ouverte, en attendant le moment décisif de la conclusion du conflit en cours entre le Hamas et Israël, qui semble encore lointain.